30/05/2007Constitutionnel...Quelques extraits de notre Constitution de 1958, que notre nouveau Président de la République n'a peut-être pas assez lus...
Article 5
Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités.
Article 8
Le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement.
Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.
Article 9
Le Président de la République préside le Conseil des ministres.
Article 10
Le Président de la République promulgue les lois dans les quinze jours qui suivent la transmission au Gouvernement de la loi définitivement adoptée.
Il peut, avant l'expiration de ce délai, demander au Parlement une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée.
Article 13
Le Président de la République signe les ordonnances et les décrets délibérés en Conseil des ministres.
Il nomme aux emplois civils et militaires. (...)
Article 15
Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale.
Article 18
Le Président de la République communique avec les deux assemblées du Parlement par des messages qu'il fait lire et qui ne donnent lieu à aucun débat.
Hors session, le Parlement est réuni spécialement à cet effet.
Article 20
Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il dispose de l'Administration et de la force armée.
Il est responsable devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 49 et 50.
Article 21
Le Premier ministre dirige l'action du Gouvernement. Il est responsable de la Défense nationale. Il assure l'exécution des lois. (...)
Il peut déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres. (...)
Article 38
Le Gouvernement peut, pour l'exécution de son programme, demander au Parlement l'autorisation de prendre par ordonnances, pendant un délai limité, des mesures qui sont normalement du domaine de la loi. (...)
Article 39
L'initiative des lois appartient concurremment au Premier ministre et aux membres du Parlement.
Article 49
Le Premier ministre, après délibération du Conseil des ministres, engage devant l'Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement sur son programme ou éventuellement sur une déclaration de politique générale.
L'Assemblée nationale met en cause la responsabilité du Gouvernement par le vote d'une motion de censure. (...)
Article 50
Lorsque l'Assemblée nationale adopte une motion de censure ou lorsqu'elle désapprouve le programme ou une déclaration de politique générale du Gouvernement, le Premier ministre doit remettre au Président de la République la démission du Gouvernement. 29/05/2007Europe...
Deux ans que la France a voté "non" au référendum qui consultait les électeurs sur l'adoption du projet de Traité constitutionnel européen.
Deux ans que l'on dit l'Europe refroidit par cette douche froide des deux "non" français et néerlandais.
Deux ans que l'on dit la France isolée au sein de l'Union, ayant renoncé à son rôle de moteur au sein de l'Union.
Deux ans que rien n'a bougé, c'est vrai, mais les causes sont-elles si simples à résumer ?
Les nonistes avaient massivement prévu la refonte d'une Europe plus sociale, moins libérale, l'engagement de nouvelles discussions avec nos partenaires européens, l'écriture d'un nouveau traité qui ferait la part belle à la défense des citoyens, des travailleurs...
Certains ouiistes promettaient que ce traité ne serait que la base à une Europe plus politique au sein de laquelle on parviendrait enfin à agir massivement dans l'intérêt des citoyens européens...
Résultat, tout s'est arrêté. Rien n'a bougé.
On a quand même fait entrer deux nouveaux pays de l'Est.
Mais le Plan B n'est pas sorti du placard par magie, les Français, avec leur super dynamique ex-Président, ne sont pas parvenus à faire entendre cette autre vision de l'Europe. Mais nos dirigeants nationaux ne le souhaitaient sans doute pas vraiment, malgré la voix des urnes...
Si le Royaume-Uni avait été consulté à son tour, il y a fort à parier que son peuple se soit également opposé à ce traité. Tony Blair le reconnaissait lui-même.
Mais aujourd'hui, deux ans après, on peut se demander vers où nous allons ensemble.
L'Europe tourne. Même au ralenti, elle tourne. La Commission et le Parlement fonctionnent, adoptent des textes, rédigent des directives...
Mais l'Europe politique est un peu en panne, faute d'avoir des institutions réellement démocratiques et en phase avec les aspirations des populations européennes. Des préoccupations forcément différentes de l'Atlantique à l'Oural, de la Baltique aux Balkans, du Connemara aux Cyclades, de Gibraltar au Tyrol... Mais les citoyens européens aspirent dans leur grande majorité à davantage d'humanité dans les politiques communautaires, à leur garantir certaines sécurités sociales ou économiques, à les aider dans leurs projets étudiants ou progessionnels sans être écrasés par la bureaucratie libérale de Bruxelles.
Verrons-nous émerger cette nouvelle Europe ?
Le mini-traité de notre mini-Président, qui doit être discuté avec nos partenaires avant d'être ratifié par le Parlement national (beau respect de la volonté du peuple, là encore), permettra-t-il seulement d'offrir à l'Europe un fonctionnement politique digne de l'idéal démocratique et de paix qui l'a fondée ?
Rendez-vous dans deux ans !24/05/2007Radars...Si je dois bien reconnaître une chose positive à l'action passée de Nicolas Sarkozy et ses anciens collègues aux transports, c'est la politique de sécurité routière.
Ils ont mis en place au cours des trois dernières années plusieurs milliers de radars automatiques à travers la France, sur les grands axes de circulation, aux endroits très fréquentés, propices à des excès de vitesse et parfois particulièrement accidentogènes.
Cette politique de sécurité routière reposait sur la connaissance par les automobilistes de l'emplacement de ces radars, notamment à l'aide de panneaux prévenant de l'approche de la zone contrôlée. C'est une forme de prévention. Un peu comme la légendaire "peur du gendarme". On sait qu'à tel endroit il faut ralentir. Si ce n'est pas le cas, on est sanctionné.
Une politique de sécurité routière est pertinente et montre ses effets positifs (comme au cours des dernières années) quand elle sait allier la prévention et une dose de répression.
Ce que l'on entend depuis deux jours, en premier lieu du Secrétaire d'Etat aux Transports, c'est qu'il serait peut-être temps d'enlever les panneaux qui annoncent la présence de ces radars automatiques. Et c'est là qu'on bascule dans l'inverse de ce qui avait été mis en place précédemment. On va là aussi privilégier la répression, le piège, à la prévention dissuasive.
Sans doute les radars automatiques n'ont-ils pas rapporté autant d'argent escompté, car les automobilistes ont massivement appris à respecter la limitation dans ces zones de surveillance - signe de réussite. Alors on va chercher à renflouer facilement les caisses...
Sans doute la répression est-elle plus séduisante pour se convaincre de la pertinence d'une action sur le terrain. Alors on va chercher à refaire peur à l'automobiliste irresponsable, au lieu de lui signifier, presque pédagogiquement, que son comportement au volant, s'il est dangereux, sera sanctionné...
Cela me fait repenser à la conception qu'un certain Ministre de l'Intérieur avait de la mission de la Police, non pas préventive et auprès de la population avant d'être répressive quand cela est nécessaire, mais répressive avant toute chose.
Ne vaudrait-il pas mieux investir dans de nouveaux radars signalés ?
La présence renforcée de gendarmes avec des radars mobiles non signalés (comme elle a lieu actuellement) ne peut-elle pas suffire à équilibrer la connaissance par l'automobiliste du contrôle et la surprise de certains comportement restant dangereux ?
22/05/2007Proportionnelle...Il est plus que temps de remettre une dose de proportionnelle dans le mode de scrutin des élections législatives !
Et même une forte dose.
Dans la configuration actuelle et les prévisions des sondages, la majorité resterait absolue pour l'UMP tout en étant moins hégémonique, écrasante.
Mais surtout, l'Assemblée Nationale serait à l'image de l'électorat français.
L'argument selon lequel la République serait plus instable avec un parlement plus "bariolé" n'est qu'une fausse excuse politicienne pour garder ses sièges et ne pas respecter davantage la démocratie.
Ca avait été un peu fait en 1986 et le gouvernement Chirac n'avait pas eu trop de mal à gouverner et l'Assemblée à voter les lois et débattre...
A-t-on peur que le Parlement réunisse des élus d'autres partis que les deux grands. Un centre élargi, une gauche autre que socialiste, une extrême-droite (qui a de toute façon été diminuée par le récent hold-up sur ses idées...) ?
Evidemment, il est déjà trop tard pour cette élection-ci.
Presque tout le monde se plaindra au lendemain de ce scrutin de la non-représentativité de l'Assemblée élue.
Le nouveau Président mettra-t-il en place cette dose de proportionnelle ?
Il n'ira pas jusqu'à revoir le mode d'élection du Sénat, comme la candidate de gauche et le candidat centriste le proposait, mais réviser déjà ces mécanismes électoraux pour l'Assemblée Nationale serait une bonne chose et devient même indispensable ! 21/05/2007Parquet...Bon, je sais qu'il ne faut pas attaquer sur le physique, mais ce n'est pas méchant à son égard...
Comme on l'a remarqué par son comportement et une de ses particularités physiques, Rachida Dati a les dents qui rayent le parquet...
Est-ce vraiment compatible avec son nouveau poste de Ministre de la Justice ?
(Et si vous ne comprenez vraiment pas, je vous expliquerai... ^^) 20/05/2007Rêves...D'abord dans la nuit de vendredi à samedi, rêve d'un couple de garçons, vraiment en couple, tous deux inscrits ici. Je crois que nous sommes reçus chez eux. Le plus dingue dans ce rêve, c'est de découvrir qu'ils ont adopté deux filles (alors que ça ne semble vraiment pas à l'ordre du jour). On apprend cela au fil de la discussion avec deux jeunes femmes, celles-ci justement. L'une nous dit avoir le même âge que ses papas adoptifs, l'autre n'a que deux ans et demi mais en fait déjà vingt... Bizarre. J'interroge les deux garçons, pas de vraie réponse sur cette adoption surprise, jamais mentionnée. Je ne sais pas d'où elles sortent, on ne me le dit pas. Et puis, l'un des garçons n'a même pas de pansement à la main... Bizarre, bizarre.
Cette nuit, autre rêve, autre protagoniste, autre ambiance. Cette fois en compagnie d'un autre garçon inscrit ici et déjà rencontré plusieurs fois, mais sans ambiguïté. Pourtant le rêve devient vraiment chaud... et je ne vais pas en raconter plus. Juste que ce n'est pas allé très loin puisque je me suis réveillé, et que l'objet du désir n'était pas aussi gros qu'on l'avait annoncé. Enfin, juste comme il faut. Hum... 19/05/2007Gouvernement...A propos des personnalités nommées :
Le retour d'Alain Juppé et (à un autre niveau) de Christine Boutin ne sont pas les meilleures décisions dans la composition de ce nouveau gouvernement !
Le premier traîne de gros boulets politiques et judiciaires. Depuis son exil au Canada, il a joué à fond la carte du développement durable... le voilà récompensé. Mais ce n'est pas une tête neuve, c'est le moins qu'on puisse dire.
Le seconde a prouvé une certaine intolérance sur certains sujets de société. Elle a pour elle d'avoir une volonté de fer et d'aller au bout de ses convictions, mais saura-t-elle bien jouer la partie, notamment avec les habitants et les élus de banlieue ?
La nomination d'Eric Besson est la pire chose que le nouveau Président et son nouveau Premier Ministre aient pu faire. Non seulement, cela ne fait qu'irriter profondément la gauche (et plus particulièrement le PS) que celui-ci a trahie, mais surtout créer avec lui un Secrétariat d'Etat à la prospective et à l'évaluation des politiques publiques est particulièrement ridicule... Si toutes les nouvelles politiques reposent sur la trahison de son camp, ça promet !...
L'arrivée de Bernard Kouchner est tout à fait autre chose. D'abord, le "french doctor" a toujours revendiqué une relative indépendance vis-à-vis de l'appareil socialiste. Bien qu'ayant déjà été deux fois Ministre de la santé sous la gauche et profondément socialiste sur les sujets purement nationaux, il a été l'un des plus favorables au rapprochement avec le centre entre les deux tours et avait même déjà annoncé qu'en cas de sollicitation du candidat de droite une fois celui-ci éventuellement élu, il privilégierait l'intérêt national. Alors sa décision de participer à ce gouvernement de droite déclenche une double réaction en moi. Je suis d'abord surpris de voir un homme de gauche accepter cela. Je pense que chacun (Kouchner et Sarkozy) y gagne beaucoup. Le premier en retrouvant une place forte sur la scène internationale, le second en bénéficiant de la réputation mondiale et du relatif consensus autour du premier... Je me dis ensuite que la France a tout à y gagner. Bernard Kouchner n'est pas aussi atlantiste que le Président Sarkozy. Il est sensiblement plus onusien. Son arrivée au Quai d'Orsay donnera sans doute une place plus forte à l'humanitaire, à une certaine forme d'interventionnisme pacifiste que la France se doit parfois de défendre, ce qui peut aller jusqu'au préventif... La question subsidiaire reste pour l'instant : quelle marge de manoeuvre aura-t-il dans ce Ministère régalien, où la Président ne manquera pas de défendre ses convictions personnelles avant d'écouter ?...
L'entrée au gouvernement de Rachida Dati, bien qu'elle soit jusqu'ici très sarkozyste dans son discours et son mode d'action, est peut-être une chance pour redonner un peu de souffle à ce Ministère de la justice. Son arrivée à ce poste me fait un peu penser à la nomination inattendue de Marylise Lebranchu par Lionel Jospin en 2000.
La jeune femme "issue de l'immigration" connaît bien ce domaine dont elle est elle-même issue, sa jeunesse (si elle ne se laisse pas trop impressionner) peut devenir une force, tout comme sa féminité. Mais ce qui est sûr, c'est qu'elle ne rechignera pas à appliquer avec cellerité et obéissance toutes les mesures très discutables que le Président a promis de mettre rapidement en oeuvre, notamment pour les mineurs de plus de 16 ans...
Enfin, le retour de Roselyne Bachelot est assez réjouissant. Je l'ai toujours trouvée drôle, attachante, pétillante. Ne partageant pas ses opinions, je pense malgré tout que ses attaches gaulliennes, lui feront peut-être défendre d'autres préoccupations sociales à côté de certains de ses collègues plus libéraux... Gouvernement...A propos des intitulés des ministères "resserrés" :
Je persiste à trouver très grave la création de ce Ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Même en y rajoutant l'intégration et le co-développement. J'y reviendrai sans doute plus tard.
La création d'un grand Ministère de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables en première place protocolaire est un signe fort. La candidate de gauche l'avait également proposé. Nicolas Hulot l'avait, le premier, réclamé. C'est en tout cas la première fois qu'on offre la chance au ministre en charge de cette question essentielle pour l'avenir d'avoir une place si forte dans l'équipe gouvernementale et de peser dans la coordination des politiques nationales à travers le prisme du développement durable. Cela sera-t-il vraiment le cas sur les grands dossiers d'aménagement du territoire, de politique énergétique, de politique des transports ? Parviendra-t-on à dompter les forts lobbies automobiles et routiers ?...
La séparation des comptes publics et de l'économie n'est peut-être pas une mauvaise idée. Sur le volet financier, ça ne change pas trop. Les vrais changement concerneront plus le volet emploi.
Alors on peut se demander si l'emploi public ne va-t-il pas être isolé au sein de ce Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique, loin des préoccupations plus générales d'emploi, traitées elles au Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi ? Le rattachement de la fonction publique directement au budget ne va-t-il pas aboutir à une vision purement comptable de la politique publique ?
Et puis, quelle coordination entre le pôle emploi rattaché à Bercy et le Ministère du travail, des relations sociales et de la solidarité ?
La concentration dans un même Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports n'est pas une mauvaise idée non plus, si cela donne une vraie priorité à la prévention dans la politique de santé publique. Attention quand même à ne pas rabaisser certaines activités sportives de haut niveau ou certaines activités à destination des jeunes à ce seul volet préventif ou de loisirs...
Pour le reste, pas de grandes nouveautés. Et dans certains domaines, heureusement ! 17/05/2007Vendée...Petite escapade vendéenne pendant 30 heures (trajet compris), pour jouer trois fois.
Et puis on pensera à se reposer ce week-end en rade de Brest... 15/05/2007Humeur...Un emploi du temps très chargé, où les journées font toutes douze heures et sont éreintantes.
Une fatigue physique bien palpable, due au mois de répétitions intenses.
Un stress dans certains domaines professionnels qui s'accentue ces derniers jours.
Une communication pas très positive et constructive dans des domaines plus personnels.
Une baisse d'entrain citoyen, qui est sans doute le contre-coup de cette élection.
Bref, tout cela n'est pas très réjouissant.
Et pourtant, je sais que j'aime mon travail (mes travaux, devrais-je dire, tant l'éventail de mes actions et responsabilités est large) ;
je sais que nous allons jouer un beau spectacle fatiguant mais où la rencontre avec le public et son regard est passionnante ;
je sais que d'autres périodes de stress sont à venir et qu'il constitue sans doute un certain moteur pour moi dans le travail ;
je sais qu'en des temps un peu plus calmes, qui se profilent rapidement, nous retrouverons un peu plus de complicité ;
je sais que mon intérêt pour la politique va revenir au galop, notamment au niveau local...
Il pleut sur Brest ce jour-là, mais le soleil reviendra ! 08/05/2007Fractures...Cette élection révèle trois grandes fractures à travers les caractéristiques des votants :
- grand classique depuis des années, qu'on avait pu noter particulièrement en 2002 lors du vote pour Le Pen au premier tour : l'Est de la France vote majoritairement à droite et l'Ouest majoritairement à gauche
- autre caractéristique géographique, les habitants des villes votent plutôt à gauche, alors que ceux des campagnes votent principalement à droite : dans les 30 plus grandes villes de France, Ségolène Royal a recueilli 51% des suffrages contre 49% pour Nicolas Sarkozy
- enfin, selon les enquêtes "sortie des urnes" (qui permettaient aux sondeurs d'annoncer les estimations de résultats à 20h), les personnes âgées de plus de 65 ans ont voté très massivement pour le candidat de droite, alors que les plus jeunes ont privilégié la candidate de gauche
Si l'on pousse le trait, on en arriverait presque à résumer ainsi : les vieux des campagnes de l'Est ont voté Sarkozy, les jeunes des villes de l'Ouest ont voté Royal. Mais ce serait extrêmement caricatural. Ces données ne signifient pas que personne n'a voté Sarkozy dans l'Ouest ou dans les villes et que les jeunes sont tous anti-Sarko.
Mais ces caractéristiques soulignent des préoccupations bien différentes au sein de la population, selon l'endroit où l'on réside, ses conditions de vie, son âge, son milieu socio-professionnel. Rien d'inédit. Simplement une accentuation de ces caractéristiques, dont il faudra tenir compte par la suite, d'une manière ou d'une autre...
Il n'est pas étonnant, partant de là, de voir Nicolas Sarkozy lancer cet appel au rassemblement, à l'unité de la Nation, dès le soir de son élection. C'est normal pour un chef de l'Etat. C'est d'autant plus important dans ce contexte.
Il sait que ces fractures géographiques et générationnelles existent. Il sait que l'opposition à ses idées a rassemblé un certain nombre de citoyens - plus ou moins fins dans leur analyse et pertinents dans leur mode d'action ou de déclarations... Il sait qu'il lui faudra donner des signes d'apaisement, ne pas monter les gens les uns contre les autres ou jeter de l'huile sur le feu, comme on lui a reproché de le faire par le passé. Histoire...La télévision a suivi chaque seconde de cette campagne électorale. On a entendu mille petites phrases, on a vu mille grimaces, sourires crispés ou éclats de rire, on a assisté à des centaines de meetings ou de débats télévisés, on a suivi les déplacements de dizaines de candidats et proches de ceux-là, on a décrypté trois cents sondages, on a entendu la réaction de milliers de citoyens emplis du doute électoral...
Mais finalement, la télévision caricature souvent la politique, ne retenant que les bons mots percutants, les petites phrases chocs, tentant de dénouer l'intrigue des clans, de s'accaparer tel ou tel scoop, de monter en épingle le moindre petit battement de cil...
Hier soir, tout juste 25 heures après la proclamation des résultats de cette élection présidentielle, France 3 proposait un documentaire inédit de Serge Moati.
Reprenant cette histoire à son origine, le 21 avril 2002 (précédente élection présidentielle et tremblement de terre), le journaliste-réalisateur, spécialiste politique, nous fait suivre tout le fil de cette folle campagne, au plus près des quatre principaux candidats.
On suit certains des plus proches collaborateurs de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, on accompagne François Bayrou et son entourage politique, on surveille du coin de l'oeil Jean-Marie Le Pen et sa fille...
Chaque évènement nous est ici connu. A peine quelques petites phrases "off" bien savoureuses dans chaque camp. A peine quelques indices en plus de ce qu'on a déjà pu capter au fil des semaines écoulées.
Pourtant, maintenant que le film de cette élection est terminé, que la lumière de la salle s'est rallumée et que la fièvre de la campagne a laissé place aux yeux rougis des spectateurs hagards, on saisit un peu de l'ampleur de la page d'histoire qui vient de s'écrire. A peine cet évènement politique digéré, à peine plus d'une journée écoulée, nous voilà plongés, non plus dans l'actualité immédiate, mais déjà dans le regard rétrospectif, dans le décryptage historique, dans l'analyse.
Et c'est là que l'émotion trouve sa vraie place.
On connait le dénouement, alors on revoit chaque jour, chaque minute de cette campagne, sous l'oeil aiguisé de Moati, avec cette capacité de synthèse que nous offre le (petit) recul déjà acquis, avec cette perspective que nous offre déjà le (court) temps écoulé.
Chronique d'une défaite. Chronique d'une victoire.
Et, au final, il faudra refaire le film dans cinq ans pour savoir si la France et les Français ont gagné ou perdu cet épisode de leur histoire politique... 07/05/2007Un nouveau Président...Les Français ont élu Nicolas Sarkozy. La démocratie a fait parler le peuple, qui, en se rendant massivement dans les urnes et en votant à une nette majorité pour le candidat de l'UMP, a davantage approuvé son projet et ses propositions pour l'avenir de notre pays que ceux défendus par Ségolène Royal.
Le discours médiatique et sondagier des derniers jours avait anticipé cette décision souveraine du peuple. Comme si l'élection était déjà jouée. Comme si ce second tour de l'élection présidentielle était écrit depuis le soir du premier tour - à tel point qu'on aurait pu se passer de ces deux semaines et voter dès le lendemain, ou mieux encore ne voter qu'une fois...
Cette dérive d'un discours uniforme dans les médias et chez les analystes politiques fut d'autant plus grave qu'elle a occulté la vraie teneur d'une campagne d'entre-deux tours, meilleure chez la candidate de gauche que chez son concurrent. Ce discours a constamment entretenu l'idée que, les sondages plaçant systématiquement Nicolas Sarkozy en tête, le résultat de l'élection ne faisait aucun doute. Ce discours en est venu à nier la démocratie elle-même, à nier ce pouvoir du peuple à décider par lui-même en toute conscience. Car ce discours ambiant, écrasant toute tentative d'objectivité, a nécessairement influencé le jugement même des électeurs, surtout de cette grande partie classiquement indécise, hors des partis politiques...
Mais le scrutin a eu lieu, le résultat a été proclamé, les chiffres sont tombés.
La candidature de Nicolas Sarkozy a comme principale particularité d'être celle qui a rassemblé une véritable adhésion chez plus de la moitié des électeurs tout en recontrant également le rejet le plus massif et le plus virulent dans l'autre partie de la population. Une telle division, si marquée, est assez inédite. Sans doute ne présage-t-elle pas un apaisement des relations entre une partie de la population et son Président...
Mais si l'on essaie de revenir sur les fondements de cette opposition - que les partisans du nouveau Président voulaient faire passer pour des attaques personnelles - on constate qu'elle est basée très concrètement sur des faits (son action répressive de Ministre pendant près de cinq ans et la politique des gouvernements auxquels il a ainsi participé) et sur des déclarations (avant et pendant la campagne) : la stigmatisation des plus démunis, l'accentuation des clivages, le renforcement des communautarismes...
Pourquoi Nicolas Sarkozy représente-t-il aux yeux de certains un danger pour la République ? Sans doute parce qu'il place l'intérêt particulier avant l'intérêt collectif, parce que sa politique semble faire passer la "chose privée" avant la "chose publique" (racine du mot République). Peut-être aussi parce que son évolution politique depuis plusieurs années ne consiste qu'à concentrer toujours plus de pouvoir(s) entre ses mains et celles de son parti, et que la nouvelle place qu'il occupe maintenant dans nos institutions ne peut que faciliter cela, l'accentuer davantage... Alors que la gauche voulait réformer l'Etat pour le rendre plus impartial, plus démocratique, Nicolas Sarkozy ne va-t-il pas affirmer plus que jamais la prééminence du Président de la République sur le Parlement ?
Nous verrons. Les Français ont décidé de le laisser agir et de voir.
Déjà l'opposition à cette élection gronde à travers le pays. Conséquence (préméditée) de cette division marquée fortement bien avant le scrutin et saisie opportunément par certains...
Pourtant, ce n'est pas d'abord dans la rue que doit avoir lieu le "troisième tour" que certains réclament. Le calendrier électoral offre une formidable opportunité de ne pas conforter l'hégémonie à venir du Président et de son camp. Les élections législatives arrivent très vite et doivent permettre de rééquilibrer le pouvoir. En diminuant la majorité du groupe UMP ou en offrant une majorité de cohabitation à l'Assemblée Nationale, les Français peuvent contraindre leur nouveau Président à ne pas être seul maître de la politique intérieure. La campagne pour élire nos députés doit prendre le relais de celle que nous venons de vivre : une campagne où les Français auront (encore) à choisir entre des modèles de société et de gouvernance bien différents. Tel est encore l'enjeu de ce "marathon" électoral. 04/05/2007Brest à gauche...Alors que plus de 33% des électeurs brestois ont voté dès le premier tour pour elle, Ségolène Royal nous a offert un dernier meeting de campagne ce soir.
Plus de 20.000 personnes rassemblées en plein air sur la grande Place de la Liberté, devant l'hôtel de ville, venues acclamer la candidate de gauche, venues dire avec une ferveur impressionnante que le projet de Ségolène Royal est celui auquel elles adhèrent, qu'elles veulent pour elles-mêmes, pour leurs enfants, pour leur pays !
Un rassemblement à quelques heures de la fin de la campagne officielle, à quelques heures du vote décisif. Un rassemblement chaleureux et festif. Un rassemblement quasiment spontané, puisque cet utlime déplacement en ces terres bretonnes s'est decidé seulement mardi. Un rassemblement populaire d'espérance.
Il fait décidément bon de vivre ici ! Analyse...Ca y est, ils m'ont saoûlé, tous ces analystes politiques, ces commentateurs, ces journalistes, ces éditorialistes... qui nous disent unanimement depuis plusieurs jours que tout est joué, que c'est plié, que Sarkozy est déjà élu, que rien ne peut plus changer !...
C'est quoi la démocratie ? C'est que les milieux médiatiques et économiques, dans un bel élan d'adhésion à l'un des deux candidats en lice, matraquent la population de leur discours fataliste ? On en vient à se dire qu'ils sont tous impatients et satisfaits de cette éventuelle élection !
C'est quoi la démocratie ? C'est laisser chaque citoyen-électeur libre jusqu'au bout, en relayant l'information avec le plus d'objectivité possible, afin de lui permettre de voter en toute conscience, mais sans chercher à influencer son jugement ?
La dynamique d'entre-deux tours est objectivement plus favorable à Ségolène Royal qu'à Nicolas Sarkozy en bien des points. Ce n'est pas que moi qui le dit.
Les sondages (mais on ne prend même plus la peine de le dire, maintenant) ne sont qu'une photographie d'un instant donné et ne reflètent pas nécessairement le résultat final de l'élection, même à quelques heures du scrutin.
Après nous avoir dit que le débat du 2 mai n'était favorable ni à l'un ni à l'autre, voilà qu'on veut nous faire comprendre que Sarkozy a le plus profité de ce débat.
L'oeuf et la poule trouvent une belle illustration à travers l'omni-présence médiatique des sondages et de leurs nombreuses analyses dans cette campagne. Qui influence qui ? Les personnes interrogées sont influencées par le discours ambiant, leur propre opinion est ensuite relayée dans les médias et peut ainsi influencer de nouveau d'autres (ou parfois les mêmes) citoyens sondés...
Je ne crois pas qu'il y ait un complot - qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit.
Je pense juste que la troublante unanimité des "spécialistes" politiques dans les médias (radio, télé, presse écrite...) ne facilite pas l'appréhension par chaque Français de cette étape démocratique fondamentale ! Meeting...Ségolène Royal a finalement choisi de venir à Brest pour son tout dernier meeting de campagne, à quelques heures du second tour, ce vendredi soir ! 03/05/2007Lutte finale...Tout est encore possible !
La dynamique de second tour est largement meilleure chez Ségolène Royal et peut retourner le rapport de force du premier tour.
La candidate a marqué des points, libérée du démon du passage du premier tour. Elle a su mener cette campagne d'entre-deux tours avec une énergie, une conviction, une sérénité, une détermination que peu avaient anticipé.
Il faut continuer à convaincre chaque électeur indécis, expliquer les deux visions de la société qui s'opposent ici, les deux méthodes de gouvernance politique, la place de l'humanisme, des intérêts particuliers, du dialogue, des clivages...
Rien n'est joué !
Contrairement à ce que laissent entendre la plupart des analystes politiques, déjà résignés jusque chez ceux qui voient malgré tout un danger dans l'investiture de Nicolas Sarkozy.
Ce sont les électeurs qui décident, les citoyens. Sans doute influencés pour une part par les relais médiatiques et les sondages ambiants, mais surtout en pleine conscience maintenant !
Débat...L'histoire seule, le recul, nous dira quels moments retenir pour la postérité de ce débat de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle 2007. Au regard aussi, évidemment, du résultat final de cette élection.
Chaque camp semble satisfait.
Il serait pourtant juste de noter un Nicolas Sarkozy nerveux, enfermé d'entrée de jeu dans les cordes du ring où les uppercuts de Royal l'avaient tout de suite retranché. Ne regardant presque jamais la candidate en face de lui, ne s'adressant pas plus à la journaliste femme ou aux Français derrière leur poste, il trahissait par ces seuls regards sa grande nervosité et toute la concentration dont il avait besoin pour garder son calme. D'autant que Ségolène Royal ne l'a pas ménagé, en pointant son immoralité politique quand ses déclarations ne semblaient pas en phase avec ses actes, en lui retournant l'incompétence dont on l'a accusée pendant toute cette campagne, en l'accusant de mentir. On avait tellement du lui dire de ne pas s'énerver, que le fauve n'a pas rugi, ou si peu, comme sous tranquilisants.
La candidate de gauche paraissait bien plus à l'aise, sûre d'elle, offensive, alors qu'on l'imaginait d'avance se faire laminer par le bulldozer Sarkozy. Défendant son projet, ses convictions, ses idées, les réctifiant quand son adversaire tentait de les déformer. Elle n'a cessé de s'adresser au candidat de droite, droit dans les yeux, alors que lui, dans ces moments où elle parlait, ne la regardait pas, plongé sur le bord de sa table ou ses notes. Elle a parlé aux Français, d'abord par petits regards ponctuels, et surtout lors de cette belle conclusion adressée au fond des yeux. Certains l'ont trouvée encore floue sur certains points techniques, trop approximative. Je ne partage pas cet avis. Mais surtout, attend-on d'un Président de la République un projet, des valeurs, des convictions pour la France ou un catalogue technique de mesures concrètes, chiffrées ? Sans doute un juste équilibre des deux...
Ségolène Royal a prouvé ce soir qu'elle savait défendre les valeurs auxquelles elle croit, tenir son argumentaire et passer à l'offensive sur les idées. Je crois qu'elle a su transmettre son audace et sa foi en l'action politique, alors que tant ne l'en croyaient pas capable. Nicolas Sarkozy défend un autre projet, d'autres valeurs. Le contraste était déjà marqué, il s'est accentué ce soir. Ce qui permettra aux électeurs de faire leur choix en pleine conscience dimanche prochain ! 02/05/2007Discours...Je vous salue ! Je vous salue peuple de France ! Je vous salue peuple de France ! Peuple libre ! Peuple fier ! Peuple insoumis et qui veut la victoire !
Votre présence exceptionnelle, enthousiasme, conquérante mais aussi tolérante et fraternelle me va droit au cœur. Merci pour ce bonheur. J'ai pris beaucoup de coups pendant cette campagne mais j'ai reçu aussi tellement… tellement… tellement de bonheur partagé comme ce soir ! Que ce soir, tout le reste est oublié et je suis avec vous dans cette dernière ligne droite pour dimanche prochain faire gagner la France car je veux demain tout simplement, mais c'est déjà considérable… car nous voulons ensemble pour demain simplement mais c'est considérable beaucoup de bonheur pour notre pays, un pays apaisé, un pays réconcilié avec lui-même pour vous, avec vous et surtout pour celles et ceux qui en ont le moins, ceux-là, je leur dis qu'ils ne se découragent pas, nous les prendrons aussi par la main.
Je vais vous dire maintenant quelques mots en confidence : d'abord j'ai tenu grâce à vous car comment se fait-il qu'une petite fille de Lorraine née à Dakar d'un père militaire, qui a grandi dans un village des Vosges, quatrième d'une famille de huit enfants, qui a eu le bonheur de suivre une réussite scolaire, comment se fait-il que je me trouve là ce soir devant vous? Qu'est-ce qui a permis notre rencontre ? Parfois je me suis interrogée au fur et à mesure de ces étapes, parfois j'ai trébuché mais avec vous je me suis relevée. Oui, à chaque fois, c'est votre ferveur démocratique qui m'a redonné la force d'accomplir avec vous ce que nous avons à construire demain pour le bien de la France.
Ce que je vais vous avouer n'est pas si facile, je suis solide, je le savais mais le courage du combat politique, je l'ai construit avec vous pendant ces dix-huit mois de campagne électorale. Mon courage, c'est vous ! Mon courage, c'est pour vous tout simplement parce que mon projet, c'est vous ! On me dit parfois : mais pourquoi tout cela ? Et à l'instant même où je vous parle, où se noue cette rencontre exceptionnelle, extraordinaire, en me tournant vers vous je vois… je comprends, je sens que tout cela, c'est tout simplement parce que nous nous aimons beaucoup.
Et ceux et celles qui ne ressentent pas encore ce sentiment, en vous voyant, j'en suis sûre, seront de plus en plus nombreux à avoir envie de le partager, ce merveilleux sentiment et je voudrais leur dire : dans la France que je veux, il y a de la place pour tous et pour toutes. Et personne n'en sera exclu. Notre réunion est ce soir un formidable signe d'espoir ; c'est – nous le sentons – un événement à la hauteur d'une victoire espérée. Mais je ne veux pas de la victoire d'une partie de la France contre l'autre. Ce que je veux, c'est la victoire de la France présidente ! Et merci… merci, en votre nom, aux artistes, merci aux artistes… nous sommes tous ici à vous entendre, de tous les styles, de toutes les générations ; vos musiques exaltent nos espoirs, calment nos peines et bercent nos vies et construisent nos plus beaux souvenirs. Merci de votre engagement. Merci de faire chanter la terre, merci de nous donner l'ardeur pour la rendre meilleure car l'art et la culture sont le langage supérieur de l'humanité. La France présidente sera une France artistique et culturelle et l'immense élan de ce soir en est la preuve !
Dimanche prochain, vous aurez le choix entre deux modèles de société et ce formidable rassemblement de ce soir est l'image du modèle que je vous propose pour la France ; le pays du partage, de l'émotion, de la beauté, toutes générations confondues. Voilà le rassemblement. Voilà le vrai remède à l'inquiétude, à la menace, aux divisions et aux conflits. Il est là le chemin de la paix et de la fraternité ! Oui je veux pour notre pays réconcilier la paix et la fraternité et si vous êtes là ce soir, c'est aussi pour une France neuve qui se relève. Vous êtes venus là ce soir pour une France rassemblée et fière de l'être. Vous êtes là ce soir pour remettre les citoyens au cœur de l'action politique et pour faire souffler un vent de démocratie et de liberté.
Vous êtes là pour une France qui mobilise tous ses talents. Vous êtes là pour la France qui libère les énergies, qui crée des richesses et qui les répartit bien, qui donne le goût de l'effort, du travail et de la création. Vous êtes venus pour la France qui affirme au plus profond d'elle-même que la justice sociale et l'excellence écologique sont aussi la condition de l'efficacité économique et que la prospérité économique et la sécurité écologique sont la condition du bien-être social. Les uns ne vont pas sans les autres ; voilà le nouvel ordre juste que je vous propose !
Ce soir, vous êtes venus pour faire gagner la France présidente. C'est un message qui est reçu aux quatre coins de la France et dans tous les territoires et départements d'outre-mer et par tous les Français de l'étranger ; et ma pensée va aussi en ce moment à notre compatriote détenu en Afghanistan ainsi qu'à Ingrid Bétancourt. On aimerait tellement les avoir parmi nous ! Mais ce temps viendra.
Chacune et chacun d'entre vous est le porteur mystérieux des encouragements et des espoirs de chacune et de chacun, des millions de Françaises et de Français qui se rassemblent pour dire qu'ils veulent élever la France au plus haut rang de cette histoire et je vous invite dimanche à écrire cette nouvelle page de l'histoire de France ! Ce n'est pas une mince affaire car qui s'occupe de la France, s'occupe aussi du monde, car la France aux yeux du monde, c'est plus que la France. La France n'est jamais aussi grande que lorsqu'elle l'est pour tous. La France, ce sont des valeurs exigeantes et belles proclamées par la Révolution française et des valeurs universelles qui sont une parcelle de la lumière du monde. La France, c'est la liberté, c'est l'égalité et c'est la fraternité ! Et c'est cela qui nous rassemble et qui nous mobilise aujourd'hui ! Et c'est ce chemin que nous allons prendre ensemble. Le monde, nous savons ce qu'il en est : la mondialisation, les échanges, les influences croisées et fertilisantes mais aussi le tohu-bohu, l'inéquité, le malheur, les crimes de masse et les guerres. Je ne veux pas d'une France qui aurait la tentation de s'éloigner de la scène et qui aurait la tentation de laisser faire. Je ne veux pas d'une France qui laisserait le monde éclater en morceaux, en blocs de vie et de pensées hostiles les unes aux autres.
Non je ne veux pas d'une France qui se résignerait à disparaître de l'histoire et je veux vous le dire, vous êtes ici les ambassadeurs d'une aspiration qui monte du pays tout entier. Vos lettres de créance sont celles d'un peuple qui veut se redresser, d'un peuple qui affirme que notre pays mérite d'autres formes de gouvernement et d'autres choix politiques ! La France ne se laissera pas abusée par des choix qui même parés des plumes de la rupture ou des ravages de la nouveauté, sont marqués du sceau de l'échec et de l'amnésie des bilans. Certes, maquiller un bilan n'est pas tâche facile et pour cela, sans vergogne, certains réécrivent l'histoire, captent celle des autres, en font un gadget médiatique pour brouiller les pistes et créer de la confusion dans les esprits.
Alors chers amis, vous tous qui êtes là, je vais vous dire : nous ne sommes pas rassemblés ce soir un 1er mai par hasard. Cette date du 1er mai a un sens historique. Elle a un sens pour tous les travailleurs et pour toutes les travailleuses du monde entier. Elle est la fête de la solidarité et de la demande de dignité du monde ouvrier. Les plus jeunes ici présents ne le savent peut-être pas. Alors je vais le leur rappeler.
Il y a plus d'un siècle, aux Etats-Unis, à Chicago, des ouvriers en grève furent sauvagement réprimés ; certains furent tués par balles et d'autres plus tard jugés et pendus ; c'était le 1er mai 1886. Cinq ans plus tard, six jeunes gens furent tués par balles dans une ville minière du Nord de la France lors d'une manifestation cruellement réprimée à Fourmies. Ils avaient entre 16 et 20, c'était le 1er mai 1891. Depuis ce jour, ces jours… ces deux jours et à l'initiative de la deuxième Internationale socialiste, les travailleurs, les salariés du monde entier, toutes appartenances politiques ou confessionnelles confondues, quand le droit le leur permet, ne travaillent pas ; ils manifestent ou ils se reposent ; ils font la fête en famille comme ce soir ici à Charléty. Et ils se souviennent et ils n'oublient jamais l'histoire du 1er mai.
Voilà l'une des raisons pour lesquelles nous sommes là ce soir sans esprit de revanche mais tout simplement parce que nous savons ce que nous devons pour nos libertés à ceux qui nous ont précédé et qui ont donné leur vie pour qu'aujourd'hui les travailleurs soient libres, puissent manifester et puissent revendiquer le respect qui leur est dû.
Car c'est évident, l'histoire n'est pas une bande dessinée où tout se vaudrait, où tous les mots seraient permis et où on peut dire n'importe quoi. Je ne ferai pas, moi, de discrimination entre ceux qui se lèvent tôt et les autres parce que je sais combien il y en a qui se lèvent plus tard parce qu'ils travaillent tard et même la nuit comme ces infirmières que j'ai vues récemment. Et puis il y en a qui font semblant de se lever comme ce père de famille que j'ai rencontré dans les débats participatifs, qui est au RMI mais pour que son fils n'ait pas honte, il fait semblant le matin de se lever et de prendre les transports en commun pour faire croire qu'il a un travail. Et moi je veux une France qui donne du travail à tous et à chacun. C'est cela la défense de la valeur travail ! Car l'histoire a des permanences qu'il faut rappeler et ces jeunes gens du Nord dont j'évoquais la mémoire tout à l'heure, se battaient pour la journée de huit heures et pour la semaine de quarante heures. Il a fallu 1919 pour que ces droits élémentaires soient reconnus. Déjà à l'époque, il y avait des gens à la vie facile sans doute, qui disaient que ces travailleurs miniers étaient des paresseux qui voulaient se lever tard. Les mêmes à la vie facile sans doute qui en 1936, affirmaient que les congés payés allaient ruiner la France. Alors ce galimatias conservateur sans fondements économiques, a été démenti par l'histoire et c'est pour cela qu'aujourd'hui je veux une France active, une France réconciliée avec elle-même et qui n'en rabatte jamais sur la conquête des droits sociaux car je ne veux plus que l'on oppose l'effort humain et le travail des salariés au goût du risque des entrepreneurs. Nous réconcilierons la réussite des entreprises et le progrès humain. Il y a de la place pour ces deux mots dans nos têtes. Notre cerveau est ainsi fait qu'il y a au moins deux lobes et je dis simplement que le but ultime du profit, ce doit être le progrès humain, sinon le gain des uns se paie toujours par une forme de servitude des autres et cela ne fait pas grandir la France. Oui, je ferai un pacte avec les entreprises et nous allons réconcilier la France avec les entreprises qui innovent, qui créent de la richesse et des emplois, qui se battent tous les jours pour que la croissance soit au rendez-vous.
Oui ! Je salue ici les risques pris par ces milliers de petites et moyennes entreprises et les dangers qui les guettent. Ce sont elles qui créent le plus grand nombre d'emplois avec l'artisanat. Je sais quels risques personnels prennent ceux qui les créent, qui les font vivre parfois au prix de leur santé et que ces chefs d'entreprise sachent que je veux qu'ils soient de plus en plus nombreux à entreprendre, que je serai à leurs côtés dans leur bataille contre la concurrence internationale, que je soutiendrai l'embauche et la formation professionnelle de leurs salariés pour qu'elles améliorent leur compétitivité tout en versant des salaires décents et qui rémunèrent justement le travail. Et c'est pourquoi je veux construire ces compromis sociaux. Et c'est pourquoi je veux que la France soit à l'avant-garde de la lutte contre le chômage des jeunes, que plus aucun jeune reste sans emploi plus de six mois. Oui, je les créerai ces 500.000 emplois pour projeter les jeunes dans la vie professionnelle et pour les sortir de l'inactivité et de l'abandon. Je sais que le succès économique dans le monde moderne, exige l'agilité des entreprises. Eh bien nous mettrons en place une sécurité sociale professionnelle qui sécurisera les entreprises comme les salariés. Voilà l'efficacité économique de demain ! Voilà la France que nous allons construire car c'est l'invention de toutes les nouvelles sécurités et de la lutte contre toutes les formes de précarité qui rendront notre pays performant. Et la première des sécurités doit être celle du parcours de toute la vie professionnelle. Je ne vois plus voir ces femmes en pleurs devant les grilles de leurs entreprises fermées. Je ne veux plus voir le regard désespéré d'ouvriers licenciés sans protection comme l'autre jour ; c'est un sort indigne d'un grand pays développé et ceux qui philosophent sur la valeur travail, ont-ils vu ces citoyens-là ?! Moi je cesserai d'opposer les chômeurs aux salariés. Il est inacceptable d'accabler les personnes privées d'emploi. Nous avons l'ardente obligation de leur donner du travail. Il est scandaleux de les stigmatiser et d'en faire les mendiants opportunistes de la ressource publique. Bien sûr quelques effets d'aubaine peuvent se produire ici ou là mais ces quelques effets d'aubaine auxquels nous mettrons fin bien sûr par une Agence Nationale Pour l'Emploi réorganisée et performante qui portera remède, car nous, nous n'avons jamais défendu l'assistanat.
Mais je tiens quand même à dire que ces quelques effets d'aubaine n'ont rien à voir avec la masse financière des fraudes fiscales des plus riches dans notre pays ! Et cela, comme par hasard, on n'en parle jamais ! Il faut redonner du sens à l'effort et à la dignité au travail, mais du vrai. La valeur travail n'est pas un artifice de discours. La valeur travail, c'est d'abord payer le travail à sa valeur. C'est augmenter les bas salaires qui restent obstinément immobiles et nous sommes le seul pays dans ce cas où des millions de salariés hommes et femmes, surtout les femmes d'ailleurs, commencent leur carrière professionnelle au SMIC et terminent quarante ans après toujours au SMIC et cela, je ne le veux plus. Et notre chantier prioritaire sera celui de la formation professionnelle car la valeur travail, c'est de donner à tout être humain la possibilité de progresser, la possibilité d'avoir une perspective de carrière, la possibilité de se dire que ce travail va être plus intéressant. Bref, c'est la récompense de l'effort dans la formation professionnelle et dans la motivation au travail et c'est cette justice-là que nous construirons ensemble. C'est par le dialogue social que nous débloquerons le pouvoir d'achat. Notre économie n'a pas besoin de brutalité ni de choc. Elle n'a pas besoin, notre économie – au contraire, c'est dangereux – elle n'a pas besoin de déclarer la guerre à la fonction publique ; elle a besoin de confiance. De confiance de tous les métiers et de tous ceux qui travaillent et qui cherchent un travail sur tous les territoires et la confiance n'obéit pas au coup de menton sur des champs de bataille imaginaires ! La confiance, c'est simple, c'est le soutien immédiat au pouvoir d'achat. Et je récuse toute fatalité, toute loi non écrite au nom de laquelle la réussite d'une entreprise devrait se traduire par la précarité des salariés. J'affirme ici le contraire et d'ailleurs les plus brillants de la nouvelle génération d'économistes affirment cela. Les chefs d'entreprise que j'ai rencontrés, le savent et me le disent et attendent désespérément de nouvelles règles du jeu. Ces nouvelles règles du jeu, je leur donnerai. Nous les remotiverons. La valeur travail ne peut pas non plus se satisfaire de ce système de stock-options sans limite, de bonus ou de retraites chapeaux que la droite a organisés et feint de découvrir dans les derniers jours de la campagne électorale. Qui peut vraiment justifier que 38 dirigeants d'entreprise tous amis du pouvoir, aient touché au total 107 millions d'euros de primes de départ en 2006 ?! Le pire, voyez-vous, c'est qu'à peine en place, ils savent déjà combien ils vont toucher quand ils vont partir même s'ils ont échoué. Et cela, c'est le contraire de la valeur travail !
Oui, la croissance va repartir et notre économie sera débloquée car nous allons en finir avec le travail privé de finalité et d'espoir. Oui, la France présidente sera la France du plein emploi. C'est notre combat et nous le gagnerons ! Car nos ressources humaines sont immenses et l'éducation sera mon grand chantier ; l'éducation et la formation au cœur de tout et en avant de tout. C'est cela la garantie que je vous donne. Nous redonnerons à l'université et à la recherche le rôle de bataillon d'élite de la France dans la mondialisation et je remercie le soutien du mouvement Sauvons la recherche parce qu'ils ont compris que c'était la France de demain. J'ai confiance car j'ai une grande ambition pour la France. La mondialisation qui est là nous lance un défi. Ce défi peut être relevé et nous avons les moyens de l'emporter. Actifs au sein de l'Europe, nous pouvons réorienter l'avenir du monde et sur le plan du commerce notamment. Mais il n'est pas acceptable que notre économie soit mise en péril par le jeu de la surexploitation des ouvriers dans les autres parties du monde. C'est pourquoi en ce jour de 1er mai, je soutiens aussi les immenses manifestations qui ont lieu par exemple dans des pays où les droits syndicaux et les salaires décents ne sont pas octroyés. C'est pourquoi je salue l'Union naissante ou renaissante du syndicalisme mondial parce que c'est en élevant l'ensemble des niveaux de vie et des salaires vers le haut que nous lutterons contre les délocalisations vers les pays à bas salaires. Et en attendant, il faudra que l'Europe se protège et se protège beaucoup plus efficacement qu'elle ne le fait contre toutes ces formes de délocalisations et de destructions d'emplois, j'en fais ici le serment !
Nous sommes confrontés à un autre risque et celui-là bien plus immédiat : c'est la brutalité dans la conduite des affaires publiques, on le sait, qui peut mettre en danger la paix sociale, la paix civile en dressant les Français les uns contre les autres. Ce danger, il est contenu dans le programme du candidat de la droite et moi je me suis engagée à réformer sans brutalité et sans heurter… j'y mettrai ainsi que mon gouvernement le temps et les moyens qu'il faudra mais la méthode, on la connaît, c'est la démocratie participative, c'est écouter le peuple pour agir juste, écouter les Français dans leur diversité pour que l'action publique ne soit pas source de brutalité et de violence. Je ne désignerai aucun ennemi sur le territoire français.
Et même ceux qui aujourd'hui n'ont pas mon opinion politique, demain ils seront associés aux réformes car il n'y a pas de réforme possible sans dialogue et sans concorde. Et j'ai entendu tout cela. Je rassemblerai toutes ces énergies d'où qu'elles viennent car c'est comme cela que nous nous relèverons. Oui, j'ai entendu les candidats de la gauche antilibérale. Oui, la vie vaut mieux que les profits ! Oui, j'ai entendu l'idéal des alter mondialistes ; oui, un autre monde est possible. Oui, j'ai entendu le message des électeurs du centre et de tous les républicains de progrès et je leur dis : rien ne se fera sans le goût de la démocratie, d'une Europe qui fonctionne et surtout d'un Etat impartial.
Alors il s'agit bien d'un choix de valeurs, d'un choix de société ; nous avons entendu il y a deux jours je crois, à Bercy, le discours de l'autre candidat. Il a ses opinions mais la politique, c'est d'avoir un débat de valeurs et d'opinions sans se poser en victime perpétuelle. Jamais les personnes n'ont été attaquées par moi, jamais. Mais jamais je ne renoncerai parce qu'il s'agit de l'avenir de la France, au débat d'idées, au débat de valeurs et donc au beau combat politique que la France est en train de vivre.
Alors que disait-il y a deux jours ? Que tout était la faute de mai 68. Mais quelle mouche l'a piqué car mai 68, c'était il y a quarante ans ! Tout semblait pourtant calme autour du Palais omnisport de Bercy. Mais à l'écouter, à l'intérieur, ce n'était que voitures fumantes, barricades, charges de police, délitement des valeurs, laxisme des mœurs, crise de l'autorité. La machine à remonter le temps avait été mise en marche à Paris-Bercy, on était en juin 1968. Mais moi je ne souhaite pas que la France parvienne à cet état de blocage pour préciser susciter comme en mai 68 des révoltes, des revendications, des grèves qui ont tout bloqué tout simplement parce que le pouvoir en place refusait d'écouter et refusait de redistribuer les richesses des Trente glorieuses que les salariés avaient construites. Et si lui rêve de connaître à nouveau un mai 68 pour y remettre de l'ordre, moi je veux au contraire en anticipant, en créant tous ensemble du dialogue, de la démocratie, du débat, des compromis sociaux, des convergences intelligentes, la France puisse avancer sans perdre son temps, sans être bloquée, sans dresser les Français les uns contre les autres, en un mot sans violence. Et voilà ce modèle que je vous propose : une France sans violence qui prend à bras le corps toutes ces énergies pour aller de l'avant dans la paix civile ! Car il y en a eu des dégâts dans les entreprises pour que finalement comme cela n'était que justice, les salaires furent augmentés, les syndicats dans l'entreprise furent reconnus, la gestion des universités fut modernisée, les libertés publiques furent élargies et les femmes eurent accès la contraception et à l'IVG ! Voilà ce que le pouvoir en place aurait dû donner et d'une certaine façon, c'est aujourd'hui, je le sens, je l'ai senti pendant ces dix-huit mois, ces longs mois de campagne électorale, d'une certaine façon, je le sens, il y a dans la France d'aujourd'hui une même forme de colère qui gronde, des frustrations, des incompréhensions, des millions de personnes qui ont le sentiment de ne compter pour rien et il est temps, il est plus que temps et notamment dans les quartiers délaissés où rien n'a été résolu, il est temps… il est plus que temps de réformer rapidement, sans brutaliser, avec intelligence, dans le dialogue ; et ce modèle-là, je suis la seule à vous le proposer. Je veux une France qui se réforme, je veux la paix civile dans mon pays car je sais que c'est possible.
Et quarante ans après, quand j'entends le candidat de la droite en appeler à la majorité silencieuse, habileté qu'ont dû lui souffler les conseilles ex-soixante-huitards sans doute qui l'entourent : il veut sans doute redéfiler sur les Champs-Elysées mais le Palais Omnisport de Bercy, ce n'est pas la remontée des Champs-Elysées. Doc Gynéco, ce n'est pas André Malraux ! François Mauriac, ce n'est pas Bernard Tapie ! Et monsieur Sarkozy, ce n'est pas le Général de Gaulle !
Alors il faut garder son calme, son sang-froid et réformer la France avant qu'elle ne se soulève. La société d'alors voulait le dialogue et la participation, on lui a répondu par la force ; et que le candidat de la droite relise donc le Général de Gaulle ! Ce sont ses propres analyses et elles se situent – reconnaissons-le – à une autre altitude. Il a dit cela après avoir compris ce qui s'était passé. Il a dit cela… la société voulait le dialogue et la participation et on a voulu lui répondre par la force.
Eh bien le voilà les modèles de société entre lesquels vous avez à choisir : d'un côté le dialogue et la participation et la juste autorité que je demande et qui sera demandée aux familles d'abord pour que les familles éduquent et encadrent correctement leurs enfants ; à l'école où les enfants devront respecter les enseignants mais où la réussite scolaire leur sera garantie par le soutien scolaire. Aux uns et aux autres de respecter les services publics de la police et de la justice parce qu'en retour, elles se rapprocheront des citoyens dans les quartiers pour construire ensemble le progrès de tous et le respect de chacun. Voilà la juste autorité que nous construirons ensemble.
Et vous le savez, je ne suis pas réputée pour mon laxisme mais en même temps je sais que l'ordre le plus durable et aussi celui le plus juste dans une société où les droits et les devoirs sont les mêmes pour tous et pas une société où quelques-uns ont tous les droits et où tous les autres n'auraient que les devoirs.
Soyons attentifs à ce qu'ont déclaré récemment les grands leaders syndicaux comme Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT qui disait qu'il n'était pas question pour lui de négocier avec un pistolet sur la tempe. Ecoutons monsieur Chérèque, dirigeant d'un autre grand syndicat français, la CFDT, qui vient de mettre solennellement en garde l'UMP contre toute tentative de passage en force de loi sociale. Tendons l'oreille du côté des quartiers où le feu continue de couver sous la cendre et où rien n'a été entrepris.
Oui, nous sommes aujourd'hui dans une société bloquée du refus du dialogue, de la participation méprisée, tous les ingrédients sont là et nous ne voulons pas cela pour la France. Nous savons à quoi va conduire le passage en force et la brutalité. A cela j'oppose une République rénovée, une République rassemblée, une République positive, une République du respect, une République qui donne à chacun un véritable désir d'avenir !
Voilà la responsabilité demain de la présidente de la République ; voilà la seule façon de redresser la France et de protéger la paix civile. Quand j'entends aussi un certain vocabulaire qui aujourd'hui ne recule devant rien, quand nous avons entendu qu'à Bercy, on a fait ovationner le mot "Karcher" ! Qu'on a parlé de liquider une partie de l'histoire, celle de mai 68 et qu'il a même avancé cette phrase : nous allons reformater les Français… Eh bien moi je le dis ici solennellement : les plus hautes valeurs de la France - et je sais que bien des électeurs même à droite les désapprouvent – car les plus hautes valeurs de la France ne sont pas compatibles avec l'usage de tels mots. C'est pourquoi j'appelle tous les Français à le comprendre, à y réfléchir en conscience et en silence et à en tirer toutes les conséquences et à se rassembler sur d'autres valeurs. Prenons acte que la fameuse rupture annoncée, c'est purement et simplement une fracture républicaine et cela n'est pas une fatalité, cela va se décider dimanche prochain car qui veut de ces violences qui en résulteraient ? Qui a intérêt sauf pour esquiver les questions concrètes en menant des politiques d'exclusion ou d'intimidation ?
Moi je ne reproche pas à Lilian Thuram de dire ce qu'il ressent car il n'y a que les victimes de discriminations pour décrire ce qu'ils ressentent et en tant que femme aussi, je sais que pendant des générations et encore aujourd'hui avec les écarts salariaux avec les précarités, avec les violences conjugales, avec tout cela, les femmes subissent ces discriminations et la France présidente leur rendra justice. Je pense en particulier à ces millions de femmes seules. Je voudrais m'adresser à elles pour leur dire que je vais bien m'occuper d'elles dans la France de demain, quelle que soit leur génération, ces femmes seules qui élèvent courageusement leurs enfants et qui sont confrontés à la difficulté des adolescents, ces femmes seules, abandonnées par leur mari et qui font face aux difficultés de la vie, ces femmes veuves qui n'ont que de toutes petites pensions de réversion – et je les revaloriserai – ces femmes âgées, seules, qui se demandent si elles vont pouvoir encore accéder à la santé avec les projets de déremboursement de soins qui ne sont pas les miens. Ces femmes qui n'ont pas forcément travaillé ou qui se sont interrompues et qui du coup ont de toutes petites retraites et ces femmes qui ont simplement choisi d'élever leurs enfants, je leur dis qu'elles ont fait là le plus beau métier du monde et je veux qu'elles aient un avenir garanti !
Nous l'aimons la France. Nous voulons la rendre forte et belle.
Voilà pourquoi nous voulons la réformer. Voilà pourquoi dès septembre, j'organiserai un référendum sur la réforme des institutions et pourquoi les citoyens seront appelés à construire une 6ème République. Le Parlement sera grandi. J'irai rendre des comptes devant lui et devant le peuple français. La France présidente sera citoyenne. Des jurys citoyens seront créés. Le cumul de mandats sera interdit. L'Etat impartial sera institué et protégé. Alors j'appelle à rejoindre ce grand mouvement, à le grandir, à le rendre victorieux, toutes celles et ceux d'où qu'ils viennent, qui veulent voir triompher cette nouvelle démocratie.
Chers amis, il nous reste trois jours. Trois jours pour convaincre. Trois jours pour mériter cette victoire. Trois jours pour faire gagner la France neuve. Trois jours pour convaincre les hésitants et les indécis. Trois jours au cours desquels mon équipe de campagne c'est vous ! Démultipliez-vous dans les rues et dans les campagnes ! Nous donnons ce soir avec les artistes magnifiques qui nous accompagnent, une magnifique image de notre pays. Si vous saviez comme je suis fière que vous soyez avec moi ce soir pour donner au monde entier l'image de la France et au monde entier l'image de tous ceux qui nous ont été aidés pour notre liberté au cours de notre histoire. Oui, il y a une sorte de miracle français : soyons-en à la hauteur. Ne décevons pas le monde. Il nous regarde. Ayez cette audace. Ayez cette audace, je le sais, ce n'est pas forcément facile à imaginer de porter une femme à la tête de la France présidente ! Mais ayez cette audace parce que aussi le monde nous regarde et se demande si la France aura cette audace de choisir l'avenir ou de se replier sur le candidat et sur l'équipe sortante. Le choix, il est là. Il est clair. C'est le choix de l'audace mais aussi de la réconciliation. C'est le choix de l'harmonie, c'est le choix de la paix, c'est le choix de la réussite, c'est le choix de la justice, c'est le choix de l'énergie, c'est le choix d'une France plus juste et donc une France plus forte ! La voulez-vous, cette France qui se relève ? La voulez-vous, cette France souriante ? La voulez-vous cette France optimiste ? La voulez-vous cette France qui tend la main ? La voulez-vous, la liberté ? La voulez-vous l'égalité ? La voulez-vous, la fraternité ? La voulez-vous, la victoire ? Alors en avant, rassemblons-nous, prenons-nous la main, aimons-nous les uns les autres ! Construisons ensemble. Vive la République, vive la France !
Ségolène Royal
Paris, le 1er mai 2007 Gauche / Droite...Je crois qu'on n'avait pas atteint un tel contraste entre les deux projets présidentiels depuis bien longtemps.
Je crois que la gauche et la droite sont bien marqués dans les programmes des deux candidats finalistes, comme rarement.
Je crois que ce qui différencie véritablement la gauche et la droite - aujourd'hui particulièrement, mais ce n'est pas nouveau - ce sont deux visions de la société, deux modes d'action politique.
A gauche, on prône d'abord l'amélioration des conditions de vie collective, la mise en commun des progrès, pour aboutir finalement à l'épanouissement individuel. Ce serait le progrès collectif (social, économique...) qui permettrait ensuite de tirer chacun vers le haut.
A droite, à l'inverse, on prône d'abord l'amélioration des conditions de vie individuelle, les particularismes, espérant aboutir finalement à un épanouissement collectif. Ce serait l'avancement individuel (social, économique...) qui permettrait de tirer tout le monde vers le haut.
La question qui est posée pour cette élection présidentielle - au-delà de l'adhésion à une personnalité qui incarnerait une méthode - c'est bien de savoir si on agit collectivement pour tirer la société vers le haut, afin que chacun puisse en profiter, ou si chacun ménage ses intérêts particuliers, améliorés pour les uns et pas forcément pour d'autres, en se donnant la bonne conscience de croire que l'addition des progrès individuels aboutira à un jour au progrès collectif. 01/05/2007Tribun...Et on va continuer à dire qu'elle n'est pas un bon tribun, après ça ? République...Citation du blog de Mr Show :
" Sarkozy a ENCORE UNE FOIS terminé son dernier meeting par cette petite phrase qui AURAIT DÛ faire rugir tous les démocrates : "Vive la République, et PAR-DESSUS TOUT, vive la France !". Alors non, ce n'est pas ça, la démocratie, Monsieur. Pas "Vive la France" über alles. Non. La France n'est pas un concept politique. Sinon, ça pue, monsieur.
Vive la France, et par dessus tout, vive la République. "
Tout est dit. Peuple...Qu'un candidat s'octroie seul le titre de "candidat du peuple", c'est fort (ironique) et particulièrement malhonnête !!
"Vous n'avez pas le monopole du peuple, Mr Sarkozy !"
Surtout quand celui-ci, par ses actes et ses déclarations depuis plusieurs années, par ses propositions dans cette campagne et encore récemment par ses propos, ne fait qu'accentuer les clivages au sein de la société, ne fait qu'accroître les communautarismes, ne fait que renforcer les divisions, on se demande où est l'intérêt du peuple dans son ensemble !  |